L’ADN que nous connaissons repose sur quatre « lettres » depuis des milliards d’années. Ces « lettres » sont en réalité quatre bases azotées fonctionnant par paires : les AT (Adénine, Thymine) d’un côté et les CG de l’autre (Cytosine, Guanine). C’est en réalité l’ordre dans lequel elles sont codées ainsi que leur agencement qui créés la diversité de l’être humain. Une équipe américaine est parvenue après 15 ans de travail à réaliser une expérience qui semblait jusqu’à présent irréalisable : ajouter deux lettres à cet alphabet de la vie. Zoom sur cette expérience exceptionnelle.

« Un cap symbolique historique » – Philippe Marlière – Spécialiste français de l’ADN

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« Seulement deux paires de base d’ADN, A-T et C-G, codent toute la diversité de la vie sur Terre. Ce que nous avons créé, c’est un organisme qui contient de façon stable ces deux paires de base, plus une troisième paire, qui n’existe pas naturellement » – Pr Floyd Romesberg – Scripps Research Institute de La Jolla

Des scientifiques viennent donc d’implanter une troisième paire artificielle de molécules dans l’ADN d’une bactérie (Escherichia coli). Par la suite, cet organisme vivant a été capable de répliquer cet ADN semi-synthétique.

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C’est une étape cruciale dans le développement de la biologie de synthèse qui permettra certainement dans le futur la création ou la modification d’êtres vivants… Oui, oui, rien que ça ! Il sera également possible d’imaginer également de nouveaux médicaments (avec par exemple la lutte contre les cellules cancéreuses) ou de nouvelles formes de nanotechnologie : autant dire que cette découverte peut être à la base d’avancées médicales et scientifiques incroyables. Dans tout les cas, pour le moment, il n’y a pas d’utilisation concrète à cette étude même si elle constitue clairement une étape fondamentale.

« Si vous lisez un livre écrit avec quatre lettres, vous n’allez pas être en mesure de raconter des histoires très intéressantes. Si on vous donne davantage de lettres, vous pouvez inventer de nouveaux mots (…) et vous pourrez probablement raconter des histoires plus intéressantes » – Floyd Romesberg – Scripps Research Institute de La Jolla

Certains seront inquiets en lisant ces lignes… Nous les comprenons. Quand l’homme se met à créer la nature en jouant les apprentis sorciers, il est normal que cela interroge. Rappelons le fait qu’il ne faut peut être pas limiter la recherche et la science mais simplement faire attention aux applications possibles, c’est en tout cas l’opinion de Patrick Gaudray, chercheur au CNRS et membre du Comité consultatif national d’éthique que nous partageons.