Le Darknet est la face cachée d’Internet. De manière totalement anonyme, cette sphère parallèle permet d’accéder au côté sombre du Web : armes, drogues, faux billets, numéros de CB ou encore sites de pédopornographie… Les dérives sont nombreuses car ce royaume de l’anonymat échappe à toutes règles. Mais Tor est aussi une arme absolue permettant une liberté d’expression sans précédent. Alors doit-on combattre cette face sombre du Web inconnue du grand public ou au contraire, juste tenter de la contrôler ? Éléments de réponse dans cet article.

Tor

Le réseau Tor autrement dit, la technique de l’oignon

Vous le savez, Internet est un réseau informatique mondial ou chaque appareil est connecté à l’aide d’une adresse IP permettant de transmettre et recevoir des données mais aussi de tracer toutes activités. Cette suite de chiffres attribuée automatiquement est en fait une signature numérique. Elle peut donc identifier et localiser précisément tous les internautes. Votre ordinateur est donc connecté à un serveur unique qui est, lui-même, contrôlé par votre fournisseur d’accès. Même si les dérives d’Internet sont nombreuses, cette fameuse adresse IP à, jusqu’à présent, permis de contrôler tant bien que mal le Web.

Tor

Maintenant, imaginez Internet mais cette fois-ci avec un système de brouillage très performant créé par l’armée américaine. Ici, votre adresse IP existe toujours mais n’a plus aucun sens. En effet, celle-ci est renouvelée en permanence et ne correspond plus du tout à vos paramètres personnels. Le but ? Devenir 100% anonyme… Vous vous y connectez grâce à Tor, un petit logiciel qui, une fois connecté, devient votre passerelle au Darknet. Tor est en fait l’acronyme de « The Onion Router » ou le routeur oignon. En quelques mots, avec ce logiciel, vous agissez sous couvert d’une fausse identité numérique. C’est en fait un outil mais aussi une infrastructure qui permet à vos données de transiter d’un serveur à un autre (en plusieurs couches d’où l’oignon) sur toute la planète et de manière aléatoire. Votre ordinateur est dissimulé et il est, de ce fait, impossible de localiser votre connexion et de vous identifier.

L’anonymat : source de toutes les dérives

Après avoir installé le logiciel Tor, tous les utilisateurs du Darknet sont donc 100% anonymes. Un nouveau navigateur web s’ouvre et vous êtes désormais à l’entrée d’un monde clandestin où se mêlent toutes les dérives possibles et inimaginables …

Le réseau Tor est 100% anonyme

Vous pouvez donc, à cet instant, parcourir le web « classique » de manière totalement masqué… mais malheureusement, le Darknet, c’est aussi des sites spéciaux, exclusivement accessibles depuis cette plateforme : Imaginez un supermarché où il est possible d’acheter librement des armes, de la drogue, des faux billets, des images pédopornographiques ou encore pourquoi pas des numéros de cartes bancaires et tout cela de manière masquée. Tous les sujets illégaux y sont traités et de manière totalement libre… Cette sphère noire fait froid dans le dos et pourtant, elle sévit déjà depuis longtemps permettant aux trafiquants et aux escrocs de vivre de leur business sans être inquiétés par la police ou encore la douane.

Tor : source de toutes les dérives...


La panoplie du parfait trafiquant

Une monnaie est rapidement devenue le moyen de paiement officiel sur Tor : le Bitcoin… Pourquoi ? Car cette monnaie virtuelle dont on vous parlait il y a peu est basée, elle aussi, sur l’anonymat… En effet, il est possible de virer de l’argent très simplement et légalement sur un portefeuille électronique et, changé en Bitcoin, votre argent devient tout simplement intraçable car il n’est plus lié à une identité : une aubaine donc pour les trafiquants.

Bitcoin

Une arme au service de la liberté d’expression

Tor possède également quelques avantages comme le fait de pouvoir contourner la censure. Au royaume de l’anonymat, nous vous le disions, il est en effet possible de discuter de tous les sujets. Lancé par l’armée américaine il y a une dizaine d’années, cet Internet parallèle a permis et permet encore aujourd’hui aux personnes voulant échapper aux dictatures de communiquer librement. Deux exemples récents : les révolutions du printemps arabe ou encore le soulèvement en Syrie où les rebelles ont en effet organisé la lutte sur Tor sans être inquiétés. Aussi, l’ONG « Reporters sans frontières » qui défend la liberté d’expression des journalistes sur toute la planète recommande à ses journalistes l’utilisation du réseau parallèle pour pouvoir travailler librement en étant plus sécurisés.

Tor : arme ultime pour la liberté d'expression ?

Avec le scandale récent du programme de surveillance PRISM relevant de la NSA (National Security Agency), le surf anonyme prend aussi tout son sens. Pour rappel, le gouvernement américain avouait à demi-mots il y a quelques mois une surveillance active de tout le trafic Internet mondial… Tor permet donc de contourner le phénomène : terminé les données privées dévoilées ou encore les publicités ciblées, personne ne sait les sites que vous visitez et ce que vous faites sur la toile.

Conclusion

En France, aucun réseau de trafiquant n’a été pour le moment démantelé mais nul doute que les forces de l’ordre surveillent de très près la face cachée du Web. Même si celle-ci peut paraître inviolable, une simple erreur de l’internaute et votre identité est dévoilée. Aux Etats-Unis, le FBI est arrivé à fermer au début du mois d’Octobre le site Silk Road, supermarché numéro 1 de la drogue sur le Darknet avec plus d’un million de dollars de chiffre d’affaires. Malheureusement, dès le lendemain, d’autres sites avaient déjà pris le relais et un mois après, le site Silk Road ouvrait de nouveau ses portes en narguant clairement les autorités.

Supermarché de la drogue...

Tor est donc très controversé. Il s’agit ici d’une arme évidente pour la défense de la liberté d’expression à travers le monde. L’armée américaine, qui a créé à la base le Darknet pour sécuriser ses communications internes, a donc rapidement compris qu’ils pouvaient promouvoir la démocratie et pourquoi pas exporter le modèle américain. Cela dit, Washington finance aujourd’hui Tor à hauteur de 60% alors que, nous l’avons vu, ce réseau est aussi la source de toutes les déviances de notre monde. Peut-on continuer à fermer les yeux sur ce qu’il se passe réellement avec Tor ? Doit-on bannir ce monde parallèle ou juste tenter de le contrôler ? Est-il d’ailleurs possible aujourd’hui de l’arrêter ? De nombreuses questions restent car les gouvernements étudient Tor de manière très confidentielle.

Tor

Attention, nous nous devions de vous parler de Tor car le phénomène grandit mais en aucun cas nous ne vous invitons à vous rendre sur les sites illégaux présents sur le Darknet. Vous l’avez compris, surfer anonymement peut avoir quelques avantages mais dans le monde clandestin, la frontière entre légal et illégal est facilement franchissable.